À l’occasion de la Journée des coutumes et traditions célébrée le 15 mai au Burkina Faso, l’auteur burkinabè Prince Lamourd Thiobiany a procédé à la dédicace de son nouvel ouvrage « Soyons nous-même –Gloire à Dieu – Les pratiques de l’animisme », une œuvre bilingue français-anglais consacrée à la spiritualité traditionnelle africaine et à ses pratiques.

La cérémonie, marquée par des interventions d’universitaires, d’acteurs culturels et de professionnels du livre, a réuni plusieurs personnalités du monde intellectuel burkinabè autour d’une réflexion sur la place des traditions spirituelles africaines dans les sociétés contemporaines.
Publié aux éditions Djabacom, l’ouvrage de 292 pages se présente comme un essai anthropologique et culturel qui explore les fondements, les pratiques et les dimensions sociales de l’animisme.
Une spiritualité enracinée dans les valeurs ancestrales
Dans son allocution, l’auteur a souligné l’importance de l’enracinement culturel dans un contexte mondial marqué par les mutations sociales et la perte progressive des repères traditionnels. Selon lui, les bouleversements contemporains fragilisent les individus, les familles et les communautés en les éloignant peu à peu de leurs valeurs et de leurs héritages culturels.
« Rien de mieux que de pouvoir rester serein grâce à son enracinement, à la préservation des racines enfouies au fond de chacun de nous », a déclaré Prince Lamourd Thiobiany.
L’écrivain a par ailleurs insisté sur le caractère universel de l’animisme, estimant que cette vision spirituelle se retrouve sous diverses formes dans plusieurs sociétés à travers le monde. Selon lui, l’animisme repose avant tout sur des valeurs de paix, de tolérance, d’harmonie avec la nature et de respect des ancêtres.
Un guide pratique sur les pratiques animistes
Au-delà de la réflexion philosophique, l’ouvrage se veut également pratique.
Interrogé à l’issue de la cérémonie, Prince Lamourd Thiobiany a expliqué que le livre présente les pratiques animistes à plusieurs niveaux : individuel, familial et communautaire. L’auteur y évoque également les rites, les invocations, les sacrifices ainsi que certains outils utilisés dans les relations avec les ancêtres et les esprits.
Revenant sur les fondements spirituels de l’animisme, il affirme :« Dieu est unique et on doit faire référence à Dieu en passant par les ancêtres. »
Pour l’écrivain, l’un des objectifs du livre est aussi de permettre aux pratiquants de l’animisme d’assumer leur appartenance spirituelle sans complexe. « Ceux qui pratiquent l’animisme doivent pouvoir assumer leur appartenance dans la paix et la tolérance avec les autres religions », a-t-il déclaré.

Une œuvre saluée par le monde intellectuel
La critique littéraire de l’ouvrage, rédigée par le Dr Yendifimba Dieudonné Louari et présentée au public par Bundia Thiombiano, décrit « Gloire à Dieu : Les pratiques de l’animisme » comme « une œuvre d’engagement culturel et de réhabilitation anthropologique et ethnologique ».
Selon cette lecture critique, le livre ne relève pas du roman mais de l’essai anthropologique engagé. Il participerait à une démarche de reconquête du patrimoine spirituel africain et de décolonisation des savoirs. Le texte critique présente également l’ouvrage comme une « littérature engagée », portée par le contexte d’« une Afrique contemporaine, en quête de réconciliation avec ses propres fondements spirituels ».
La critique met notamment en avant la structuration pédagogique de l’ouvrage, qui aborde les pratiques animistes, les structures sociales, les rites, les sacrifices ainsi que les mécanismes de transmission culturelle. « L’auteur ne cherche pas à divertir, mais à interroger, démontrer, transmettre et défendre une vision du monde », souligne le texte critique.
Basile Guissou salue une contribution à la mémoire africaine
Invité d’honneur de la cérémonie, le sociologue Basile Guissou a salué le travail de Prince Lamourd Thiobiany, qu’il considère comme une contribution importante à la connaissance des sociétés africaines et de leurs héritages culturels. L’universitaire a estimé que ce type d’ouvrage participe à la mission des intellectuels africains consistant à éclairer des dimensions culturelles et historiques longtemps laissées dans l’ombre. « Le XXIe siècle est le siècle de l’Afrique. On n’empêchera pas l’Afrique de briller », a-t-il déclaré. Pour Basile Guissou, les recherches et publications consacrées aux traditions africaines contribuent également à une meilleure compréhension des origines et de la place de l’Afrique dans l’histoire de l’humanité.
Une volonté de valoriser la littérature africaine
Prenant la parole au nom des éditions Djabacom, Madame Chadia Zongo a expliqué que la maison d’édition avait été sensible à « la profondeur du regard porté par l’auteur » ainsi qu’à sa volonté de rendre ce savoir accessible à un large public grâce à une édition bilingue. Elle a présenté l’ouvrage comme « une passerelle entre traditions et modernité », favorisant le dialogue interculturel et une meilleure compréhension des spiritualités africaines. La maison d’édition a également réaffirmé son engagement en faveur de la valorisation des auteurs africains, des chercheurs et des gardiens de traditions.
Au-delà de la dédicace, la cérémonie a surtout donné lieu à une réflexion plus large sur les spiritualités africaines, la transmission des savoirs ancestraux et la place des traditions dans les sociétés contemporaines.
Pawindkisgou Yvette TAPSOBA








