À la 22éme Semaine Nationale de la Culture, les couleurs, les danses et les sonorités attirent souvent les regards. Pourtant, au milieu des foules et des spectacles, d’autres détails silencieux racontent aussi l’histoire des peuples : les scarifications.





Sur certains visages croisés dans les allées de la SNC, de fines lignes traversent les joues, le front ou les tempes. Pour beaucoup de jeunes générations, ces marques intriguent. Pour d’autres, elles rappellent un héritage ancien, parfois oublié, parfois mal compris.
Des marques d’identité et d’appartenance
Dans plusieurs sociétés africaines, les scarifications ont longtemps servi de signes d’identification. Elles permettaient de reconnaître une famille, une ethnie, une lignée ou encore une communauté.
Au-delà de l’esthétique, elles jouaient aussi un rôle social et culturel. Certaines marquaient le passage à une étape importante de la vie : l’enfance, l’initiation, le mariage ou l’entrée dans la communauté des adultes.
Chez certains peuples, elles étaient perçues comme des signes de courage, de protection ou de beauté. Dans d’autres, elles constituaient une mémoire visible de l’origine de la personne.
Des visages devenus archives vivantes
À la SNC, photographier ces visages scarifiés n’était pas seulement un exercice artistique. C’était une manière de documenter une mémoire vivante.
Chaque trait sur la peau semble porter une histoire : celle d’une grand-mère, d’un village, d’un royaume ou d’une tradition transmise de génération en génération.
Ces hommes et ces femmes deviennent alors des témoins d’un temps où le corps lui-même pouvait parler de l’identité d’une personne avant même qu’elle ne prononce son nom.
Entre héritage, regard moderne et disparition progressive
Aujourd’hui, la pratique des scarifications traditionnelles tend à disparaître dans plusieurs régions. L’urbanisation, les religions, l’école moderne, les considérations médicales et les nouveaux standards esthétiques ont profondément changé les perceptions.
Certaines personnes portant des scarifications racontent même avoir subi des moqueries ou des discriminations, notamment en milieu urbain.
Pourtant, de nombreux défenseurs du patrimoine culturel estiment qu’il est important de préserver la mémoire de ces pratiques, non pour les imposer aux nouvelles générations, mais pour éviter que leur signification ne soit totalement effacée.
La SNC comme espace de mémoire culturelle
La Semaine Nationale de la Culture reste l’un des rares espaces où différentes identités culturelles se rencontrent encore de manière visible et assumée.
À travers ces portraits de personnes scarifiées, c’est toute une réflexion sur la transmission, l’identité et la mémoire collective qui s’ouvre. Car derrière chaque scarification, il y a souvent une histoire que les livres n’ont pas écrite.
Et parfois, il suffit d’un visage pour raconter tout un peuple.
Pawindkisgou Yvette TAPSOBA







