Vendredi 19 décembre 2025 ; il est 5h30mn au quartier Dassassogho de Ouagadougou, quand ma collègue et moi prenons place à bord d’un bus de transport en direction de Tenkodogo. Tenkodogo, qui signifie littéralement « vielle terre » en langue mooré, est une ville située au centre-est du Burkina Faso, aujourd’hui chef-lieu de la région du Nakambé, anciennement appelée région du centre-est. Nous-nous y rendons pour une couverture médiatique d’un des événements culturels les plus fédérateurs. Armés de nos caméras, micros et trépieds, nous ne manquons pas de susciter des regards interrogateurs des autres passagers à bord jusqu’à destination finale. Hé oui ! Deux jeunes filles ainsi équipées n’est pas chose courante.

Au seuil du palais royal de Tenkodogo.

À notre arrivée à Tenkodogo, la cité de Rialé, nous trouvons une ville en pleine effervescence. Des quatre coins de la ville, des citoyens, certains à pied, d’autres à moto, d’autres encore en voiture, vont et viennent. C’est le Nabasga qui s’installe. Le Naabasga est l’une des plus grandes fêtes coutumières du royaume. Cette fête traditionnelle, célébrée chaque année dans le royaume du Zoungrantenga encore appelé le ‘’Zungran-ting riingu’’est une occasion pour le roi, sa Majesté naaba Guigem-Pollé de remercier Dieu à travers les ancêtres pour les nouvelles récoltes et de demander bénédiction et protection pour le royaume au cours de la nouvelle année.

Les gens vont et viennent…..le naabasga se prépare.

Il est 10h30 mn quand nous franchissons le seuil du palais royal du Zoungrantenga. Nous sommes accueillis par Boubacar Karian, protocole du Dima, qui nous déroule le programme de la journée. Tout est fin prêt. Le Dima va bientôt sortir pour les rituels prévus pour la circonstance.

Les kamboinsé se préparent.

Des coups des fusils à canon retentissent et le bendré, tambour sacré, parle. Le Dima sort sous un parapluie, vêtu d’une tenue sollennele de rituelle, réservée à circonstance. Une file de notables le précède tenant des calebasses, un grand couteau, un canari de dolo et les animaux qui seront immolés.  Il se dirige vers les tombes des rois qui l’ont précédé, notamment Naaba Koom, Naaba Kiiba, Naaba Tigré et Naaba Saaga, afin de rendre hommage aux mânes des ancêtres par un grand sacrifice rituel.

Le roi vêtu de sa tenue rituelle commence sa procession vers les tombes royales.

Au pied de chaque tombe, le roi et sa suite prennent place, et le rituel commence. Il immole à tours de rôle un poulet, suivi d’une pintade, puis d’un mouton. Le bœuf est immolé en dernier.

Le roi fait des incantations sur le bœuf avant qu’il ne soit immolé.

Il réalise également une libation aux ancêtres avec le nouveau dolo, bière du mil de la nouvelle récolte.

Vient ensuite la séance de bénédiction où le roi appelle à l’intercession des ancêtres pour l’acceptation de leurs offrandes et la bénédiction de son royaume en retour. La cérémonie se déroule sous le regard attentif de la population venue assister. Assises à même le sol ou débout, elles ne veulent pas se faire compter l’évènement.

Les populations venues accompagner le roi.

Pour les jeunes dames reporters que nous sommes, nous avons suivi tout cela un peu à l’écart car la tradition exige que la gent féminine s’en éloignent.

La cérémonie s’achève, le roi se retire.

Il est 14H30 mn, des coups des fusils à canons retentissent de nouveau ainsi que le son du bendré. Le roi ressort à nouveau, cette fois majestueusement habillé. Il porte une tenue traditionnelle composée d’un large manteau bordeaux brodé, aux bordures dorées. Coiffé d’un bonnet royal rouge et or, il arbore de longs colliers, plusieurs bagues et tient un bâton, symboles de son autorité et de sa puissance. Il marche d’un pas solennel jusqu’à un hangar sous lequel est installé son trône.

Installé sur son trône, le roi reçoit les allégeances de ses notables, chefs de cantons et populations.

Il s’installe et reçoit les allégeances de ses ministres, chefs de cantons, chefs de village et toute sa population, précédés des « benda » qui reprennent par ordre, la litanie de ses prédécesseurs et leurs faits de gloire. Les allégeances se poursuivent ainsi accompagnées de présents.

Les notables venus prêter allégeance au roi.

A la suite des autres, des musiciens ainsi que des troupes de danse prestent à tour de rôle devant le roi pour lui rendre hommage. Les pas de danse de la communauté des Zaosés retiennent l’attention de la foule qui, emballée, se mêlent à la troupe pour se trémousser. D’autres avec leurs téléphones s’activent à immortaliser l’évènement, ils arrivent même à nous voler la vedette.

Des danseurs venus danser devant le roi.

Après cette communion, le roi se retire. Les réjouissances se poursuivent jusqu’à la fin de la journée, rendez-vous est pris pour le lendemain.

Le lendemain matin, il est 9H00 quand nous arrivâmes au palais royal. En cette matinée, nous constatons une série de sacrifice qui ont été fait à des endroits stratégiques notamment sur le long du chemin que le roi doit emprunter, devant la porte du palais, à l’entrée du hangar royal, etc. Peu après notre arrivée, des coups de fusils à canons retentirent, ils annoncent la sortie du roi. La journée est ponctuée de salutations. Autorités de la région, particuliers et populations viennent féliciter le roi. Chacun d’eux apporte un présent, pour saluer le chef. A certains officiels, le chef offre des cadeaux en retour. Au bout de quelques temps, le roi se retire. Il doit partager un repas avec sa cour.

Les benda venus prêter allégeance au roi.

Pour les jeunes femmes reporter que nous sommes, nous n’avons pas accès à ces moments entre le roi et sa cour et avec ses convives.

Dans l’enceinte du palais royal, la fête continue. Des groupuscules se forment autour des artistes chanteurs et danseurs venus égailler les populations. On crie, on chante, on danse, on applaudit, on