Boussouma, 8 août 2026.
Au Palais royal de Boussouma, ce samedi 8 août 2026, une scène à la fois institutionnelle et profondément enracinée dans l’histoire du Royaume s’est déroulée : Sa Majesté le Dima de Boussouma a présidé la première audience des instances traditionnelles et coutumières de règlement des différends.
L’événement marque une étape importante dans la mise en œuvre de la loi dite Faso Bu-Kaooré, adoptée au Burkina Faso en janvier 2026. Mais derrière l’entrée en fonction de ces instances, c’est une question plus ancienne qui revient au premier plan : quelle place les savoirs, les valeurs et les mécanismes traditionnels peuvent-ils encore occuper dans la société burkinabè contemporaine ?

𝗨𝗻𝗲 𝗷𝘂𝘀𝘁𝗶𝗰𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗽𝗿é𝗰è𝗱𝗲 𝗹𝗲𝘀 𝘁𝗲𝘅𝘁𝗲𝘀
Avant même l’existence des tribunaux modernes, les sociétés africaines disposaient de leurs propres mécanismes de règlement des conflits.
Dans les villages et les royaumes, les différends pouvaient être portés devant le chef, les anciens, les notables ou d’autres personnes reconnues pour leur connaissance des usages et leur sagesse. Il ne s’agissait pas seulement de déterminer qui avait raison ou tort. L’enjeu était souvent plus large : rétablir l’équilibre et préserver les relations entre les personnes et les familles.
La parole occupait alors une place centrale. On écoutait les parties, on convoquait les témoins, on rappelait les usages et, lorsque cela était possible, on recherchait un accord permettant de restaurer la paix.
Cette réalité n’a pas disparu avec l’avènement de la justice moderne. Elle a continué à vivre dans de nombreuses communautés, parallèlement aux juridictions étatiques.
La loi Faso Bu-Kaooré entend désormais donner un cadre à ces pratiques existantes. Selon les explications données par le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, le texte ne crée donc pas ex nihilo ces mécanismes : il part de pratiques déjà présentes dans les communautés pour les organiser et encadrer leur fonctionnement. (Faso7)

𝗕𝗼𝘂𝘀𝘀𝗼𝘂𝗺𝗮, 𝘂𝗻 𝗥𝗼𝘆𝗮𝘂𝗺𝗲 𝗮𝘂 𝗰œ𝘂𝗿 𝗱𝗲 𝗰𝗲𝘁𝘁𝗲 𝗱𝘆𝗻𝗮𝗺𝗶𝗾𝘂𝗲
Le choix de Boussouma pour cette mise en œuvre revêt une dimension particulière.
Le Royaume figure parmi les grandes institutions traditionnelles du Burkina Faso et demeure un espace où la chefferie, la mémoire, les coutumes et les mécanismes de médiation occupent encore une place importante dans la vie sociale.
Le 18 mars 2026 déjà, le ministre de la Justice s’était rendu à la cour royale de Boussouma pour présenter à Sa Majesté le Naaba Sigri, Dima de Boussouma, le contenu de la loi Faso Bu-Kaooré et recueillir son adhésion à son opérationnalisation. (aib.media)
Quelques mois plus tard, les instances traditionnelles étaient officiellement installées dans le Royaume. La cérémonie du 10 juin 2026 avait notamment été marquée par la remise des registres et des imprimés de procès-verbaux nécessaires à l’exercice de leurs missions. (Reflet Info)
L’audience du 8 août vient donc prolonger ce processus.
De l’installation à la pratique, Boussouma entre dans une nouvelle phase.
𝗤𝘂𝗮𝗻𝗱 𝗹𝗮 𝘁𝗿𝗮𝗱𝗶𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲𝘃𝗶𝗲𝗻𝘁 𝘂𝗻 𝗰𝗮𝗱𝗿𝗲 𝗱𝗲 𝗱𝗶𝗮𝗹𝗼𝗴𝘂𝗲
L’intérêt de cette évolution dépasse la seule question judiciaire.
Dans les traditions africaines, régler un différend ne signifie pas nécessairement désigner un vainqueur et un vaincu. La recherche de la paix sociale, le respect des liens familiaux et communautaires et la restauration de l’harmonie peuvent constituer des objectifs essentiels.
C’est précisément cette dimension que la reconnaissance des instances traditionnelles remet au centre du débat.
La justice coutumière peut ainsi être considérée comme un espace où le droit rencontre la mémoire, où la règle rencontre la parole et où le règlement d’un conflit s’inscrit dans une histoire collective.
Mais cette reconnaissance appelle également une responsabilité nouvelle pour les détenteurs de la tradition.
Car lorsque la tradition entre dans un cadre légal, elle doit être comprise, documentée et exercée avec rigueur. Les personnes appelées à siéger dans ces instances sont notamment choisies pour leur connaissance des us et coutumes, leur notoriété et leur probité. (Faso7)

𝗨𝗻 𝗽𝗼𝗻𝘁 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗹𝗲 𝗽𝗮𝘀𝘀é 𝗲𝘁 𝗹𝗲 𝗽𝗿é𝘀𝗲𝗻𝘁
Faso Bu-Kaooré pose ainsi une question fondamentale : comment faire vivre les héritages de nos sociétés sans les enfermer dans le passé ?
À Boussouma, l’expérience qui commence pourrait apporter des éléments de réponse.
Il ne s’agit pas nécessairement d’opposer justice moderne et justice traditionnelle. Les autorités ont d’ailleurs présenté leurs rapports comme étant fondés sur la complémentarité. La loi prévoit notamment des mécanismes permettant, dans certaines situations, qu’une affaire soit orientée vers une instance traditionnelle afin de favoriser son règlement. (Faso7)
Cette articulation entre les différents mécanismes de règlement des différends sera déterminante.
Car la tradition n’est véritablement vivante que lorsqu’elle continue à répondre aux besoins de la société, tout en restant fidèle aux valeurs qui la fondent.
𝗕𝗼𝘂𝘀𝘀𝗼𝘂𝗺𝗮, 𝘂𝗻𝗲 𝗽𝗮𝗴𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝘀’é𝗰𝗿𝗶𝘁
La première audience des instances traditionnelles de Boussouma restera peut-être comme l’un des premiers jalons d’une nouvelle étape dans l’histoire de la justice coutumière au Burkina Faso.
Pour le Royaume, elle représente surtout la continuité d’une fonction ancienne : écouter, conseiller, arbitrer et contribuer à préserver l’harmonie au sein de la communauté.
Dans un Burkina Faso qui cherche aujourd’hui à renouer avec ses valeurs endogènes, l’expérience de Boussouma mérite donc d’être observée avec attention.
Parce qu’au-delà d’une réforme juridique, Faso Bu-Kaooré pose la question de la place que nous voulons accorder à notre mémoire, à nos traditions et aux savoirs transmis par ceux qui nous ont précédés.
Et peut-être est-ce là l’un des enseignements les plus importants de cette journée : une tradition n’est pas seulement ce que les anciens nous ont laissé.
C’est aussi ce que nous choisissons de transmettre, de préserver et de faire vivre.








