Dans l’histoire du royaume Ashanti, situé au Ghana, le pouvoir n’a jamais été une affaire exclusivement masculine. Aux côtés des chefs et du roi, les femmes occupaient une place reconnue dans l’organisation politique et sociale. Parmi elles, les reines mères, appelées queen mothers dans la littérature anglophone, détenaient une autorité propre.
Bien plus que des figures symboliques, elles participaient à la vie de leurs communautés, à la transmission des traditions et au fonctionnement du pouvoir traditionnel.
Une société où la lignée passe par la mère
Les Ashanti, ou Asante, appartiennent au peuple Akan du Ghana. Leur organisation sociale repose historiquement sur un système matrilinéaire : l’appartenance au clan se transmet par la mère et la succession aux fonctions traditionnelles suit également, dans ce système, la lignée maternelle.
Cette organisation donne une importance particulière aux femmes de la lignée royale. Dans chaque communauté, le pouvoir traditionnel était organisé autour de deux autorités complémentaires : un chef et une reine mère. Les deux disposaient chacun de leur propre tabouret royal, symbole de leur autorité et de leur fonction.


Dans la tradition ashanti, l’Asantehene, le roi des Asante, et l’Asantehemaa, la reine mère du royaume, occupent ainsi des fonctions complémentaires.
La reine mère, une autorité à part entière
La reine mère n’est donc pas simplement la mère ou l’épouse d’un chef. Il s’agit d’une fonction politique et traditionnelle.
Des recherches montrent que les reines mères occupent des fonctions parallèles à celles des chefs dans les différentes communautés ashanti. Leur rôle et l’étendue de leur autorité peuvent cependant varier selon les lieux et les périodes.
Elles sont notamment liées aux affaires de la communauté, à la continuité de la tradition et à la préservation de l’identité culturelle. Leur autorité s’exerce dans un système où les lignages, les chefs et les reines mères sont étroitement liés.
Cette organisation rappelle une réalité souvent oubliée dans les récits sur les royaumes africains : les femmes pouvaient elles aussi être détentrices d’une autorité politique reconnue par la société.
Yaa Asantewaa, la reine mère devenue symbole de résistance
Parmi les reines mères ashanti, Yaa Asantewaa est l’une des figures les plus célèbres. Reine mère d’Ejisu, elle s’est illustrée au début du XXᵉ siècle en prenant la tête de la résistance ashanti lors de la guerre du Tabouret d’or.
Elle s’est engagée pour défendre la souveraineté et les traditions de son peuple. Son parcours montre surtout que le titre de reine mère pouvait être associé à une véritable capacité d’action politique. Son nom est aujourd’hui devenu un symbole du courage et de la résistance des femmes africaines.

Une tradition toujours vivante
L’institution des reines mères n’appartient donc pas seulement au passé.
En 2025, Nana Konadu Yiadom III, 14e Asantehemaa, est décédée à l’âge de 98 ans. Elle avait succédé à sa mère, Nana Afia Kobi Serwaa Ampem II, qui avait occupé cette fonction jusqu’en 2016.
En juillet 2026, Nana Ama Bonsu a été désignée comme 15e Asantehemaa et a pris le nom traditionnel de Nana Yaa Akyaa II. Elle a été officiellement présentée au Conseil traditionnel de Kumasi le 9 juillet au Manhyia Palace.
Cette succession montre que la figure de la reine mère demeure profondément inscrite dans la tradition et l’organisation du royaume Ashanti.

Des femmes qui portent une mémoire
L’histoire des reines Ashanti dépasse donc les récits de palais et de royauté.
Elle raconte une société dans laquelle la filiation maternelle, l’autorité féminine et la transmission culturelle occupent une place importante. De la reine mère qui participe à la vie de sa communauté à Yaa Asantewaa, devenue symbole de résistance, puis aux reines mères contemporaines, une même institution traverse les générations.
Les reines Ashanti nous rappellent ainsi que l’histoire des royaumes africains ne peut être racontée sans la voix et l’autorité des femmes qui en ont également porté la mémoire.








