Le financement de la culture et du tourisme au Burkina Faso amorce une nouvelle étape. Réunis le 8 juillet 2026 à Ouagadougou autour du Fonds burkinabè de développement économique et social (FBDES) Tõogo, les représentants des organisations faîtières ont découvert les contours du nouveau dispositif de financement né de la fusion de sept fonds nationaux. Au-delà d’une réforme institutionnelle, le FBDES Tõogo entend insuffler une nouvelle dynamique : maintenir les mécanismes de solidarité publique tout en favorisant l’émergence d’entreprises culturelles et touristiques plus solides et durables.

(de gauche à droite) Rosalie Sarambé, Directrice des études au ministère en charge de la culture Ahmadé Nour Guenda, Directeur général du FBDES-tõongo Saidou Diallo, Secrétaire Général du FBDES- Tõongo

Une réforme pour rassurer les acteurs 

La création du FBDES Tõogo, issu de la fusion de sept fonds nationaux dont le Fonds d’appui à la promotion de l’emploi (AFP-PME), le Fonds d’appui aux activités rémunératrices des femmes (FAARF), le Fonds burkinabè de développement économique et social (FBDES), le Fonds de développement culturel et touristique (FDCT), le Fonds Dumu Ka Fa, le Fonds Faso Kuna Wili et le Fonds national d’appui aux travailleurs déflatés et retraités (FONA-DR) avait suscité de nombreuses interrogations dans les milieux de la culture et du tourisme. Les acteurs s’interrogeaient notamment sur le devenir des projets déjà financés, des conventions en cours et sur la place réservée au secteur culturel dans cette nouvelle architecture. 

Le Directeur général du FBDES Tõogo, Ahmadé Nour Guenda, a tenu à rassurer les participants : les engagements pris par le FDCT seront honorés. Les conventions signées restent valables, les dossiers déjà introduits continueront d’être instruits et les projets lancés iront à leur terme. Mais cette rencontre avait surtout pour objectif d’expliquer la nouvelle philosophie qui guidera désormais le financement de la culture et du tourisme.

Un guichet dédié, de nouveaux outils financiers

Contrairement aux craintes de certains acteurs, la culture et le tourisme conservent un Guichet Culture, Arts et Tourisme (GCAT) au sein du FBDES Tõogo. En revanche, les mécanismes de financement évoluent. Aux subventions viennent désormais s’ajouter plusieurs outils financiers : crédits d’investissement, préfinancement de marchés et cautionnement. Le crédit Songtaaba peut atteindre 100 millions de FCFA, avec une durée maximale de remboursement de cinq ans et un taux annuel plafonné à 6,5 %. Des mécanismes de préfinancement et de garantie pouvant atteindre 500 millions de FCFA complètent cette offre. Le FBDES ne veut plus être uniquement un organisme de distribution de subventions. Son ambition est d’accompagner le développement d’entreprises culturelles et touristiques capables de pérenniser leurs activités. 

Qui peut bénéficier de ces financements ?

Le Guichet Culture, Arts et Tourisme s’adresse notamment aux entreprises culturelles et touristiques, aux promoteurs de projets, aux organisations professionnelles ainsi qu’aux acteurs des arts, du patrimoine, du tourisme, des loisirs et des industries culturelles et créatives. Selon le type de financement sollicité, les porteurs de projets devront notamment disposer d’une structure régulièrement constituée, être en règle avec leurs obligations administratives et fiscales, présenter un projet viable et satisfaire aux critères d’analyse du FBDES. Au-delà du financement, le Fonds prévoit également un accompagnement en matière de conseil, de formation, d’incubation et de suivi technique afin d’améliorer la qualité des projets et leur pérennité. 

Les subventions sont maintenues, mais changent de logique

C’est sur cette question que les échanges ont été les plus nourris. Le Directeur général a tenu à rassurer les participants : les subventions ne disparaissent pas. Elles continueront de soutenir les projets d’intérêt public, notamment dans les domaines du patrimoine, de la recherche artistique ou de l’émergence de jeunes talents. En revanche, elles ne constitueront plus l’unique levier de financement. Le FBDES Tõogo encourage désormais les promoteurs à intégrer ces aides dans un modèle économique plus global, combinant recettes propres, partenariats et autres sources de financement. L’objectif affiché est de favoriser l’autonomie des structures culturelles plutôt que leur dépendance exclusive aux subventions.

Les acteurs plaident pour une prise en compte des réalités du secteur

Les représentants des faîtières ont salué l’initiative du dialogue tout en appelant à une mise en œuvre adaptée aux réalités du terrain. Plusieurs intervenants ont rappelé que certaines disciplines, notamment les arts de la scène, la danse, le théâtre ou les festivals, remplissent avant tout une mission culturelle, sociale et patrimoniale. Leur impact ne peut donc être apprécié uniquement à travers des critères de rentabilité économique. Les échanges ont également porté sur le renforcement de l’accompagnement des artistes burkinabè dans les festivals internationaux, sur les besoins spécifiques des agences de voyages et des acteurs des loisirs, ainsi que sur la nécessité de poursuivre les efforts de professionnalisation engagés ces dernières années. En réponse, le FBDES Tõogo a réaffirmé sa volonté de poursuivre le dialogue avec les acteurs afin d’adapter progressivement ses mécanismes de financement aux réalités des différentes filières.

Vue d’ensemble des participants

Une réforme qui ouvre de nouvelles perspectives

Au-delà de la réorganisation institutionnelle, cette réforme marque une évolution de la politique publique de financement de la culture et du tourisme. Le défi sera désormais de concilier deux ambitions : préserver le soutien aux initiatives d’intérêt général tout en favorisant l’émergence d’entreprises culturelles et touristiques économiquement viables. Pour les promoteurs, l’enjeu sera de développer des projets alliant création, impact social et viabilité économique. Pour le FBDES Tõogo, il s’agira de démontrer que cette nouvelle approche peut renforcer durablement le secteur sans remettre en cause sa vocation culturelle.

Pawindkisgou Yvette TAPSOBA