Le jeudi 12 février 2026, à la mairie de Boussouma, il n’était pas seulement question d’un atelier technique. Il était question de terre. De sa gestion selon les us et coutumes pour la paix.

Réunis autour de l’Observatoire National du Foncier (ONF-BF) et de l’Institut de La Haye pour l’Innovation du Droit (HiiL), les chefs de cantons du Royaume de Boussouma ont pris part à l’atelier de dissémination de la Charte Foncière Locale fondée sur les Us et Coutumes . Une rencontre décisive dans un contexte national où les mécanismes traditionnels de règlement des différends bénéficient d’une reconnaissance croissante.

Au-delà des présentations des textes, c’est une conviction partagée qui s’est exprimée.

« Nous sommes très contents et nous sommes impatients que la charte soit adoptée. Avant, avec la justice classique, nous ne comprenions rien des textes. Maintenant avec la prise en compte des mécanismes de gestion foncière coutumières, nous nous réjouissons. »

Plus qu’une satisfaction ces mots expriment un besoin d’une justice inclusive, de proximité et culturellement enracinée.

Quand la terre devient source de conflits

Au Burkina Faso, le foncier n’est jamais qu’une simple question administrative. Il touche à l’identité, à la transmission, à l’honneur des lignages. Il engage la cohésion des familles et parfois la paix des villages.

Un autre participant l’a exprimé sans détour :

« Avant, quand il y avait un problème de terre, tu te rendais au tribunal et parfois tout portait à croire que c’est celui qui sait parler ou qui a l’argent qui gagne. Nous sommes vraiment contents de pouvoir revenir sur nos valeurs traditionnelles dans le règlement des conflits liés au foncier. »

Ce témoignage révèle une fracture : celle entre une justice perçue comme éloignée des réalités rurales et des mécanismes coutumiers longtemps restés informels mais profondément légitimes.

Formaliser sans dénaturer

La Charte Foncière Locale du Royaume de Boussouma constitue une tentative d’équilibre. Elle ne rejette pas la loi nationale en vigueur ; elle cherche à dialoguer avec elle. Elle codifie des pratiques endogènes, clarifie les règles relatives aux ressources partagées, précise les méthodes coutumières de prévention et de gestion des conflits .

En cela, elle transforme un savoir transmis oralement en un cadre consensuel écrit, sans en altérer l’esprit.

L’atelier a permis aux chefs de cantons d’examiner les dispositions proposées, d’en discuter les implications, d’apporter des nuances et de contribuer à une appropriation collective. Car une charte foncière n’a de force que si elle est portée par ceux qui incarnent l’autorité traditionnelle.

Une justice qui parle la langue du territoire

Dans un pays où la terre est à la fois patrimoine, source de subsistance et héritage spirituel, la reconnaissance des mécanismes coutumiers ne relève pas d’un retour en arrière. Elle répond à une exigence d’efficacité sociale.

À Boussouma, la réflexion engagée autour de la Charte Foncière Locale illustre une voie : celle d’une gouvernance foncière apaisée, ancrée dans les valeurs du Royaume, mais attentive aux exigences contemporaines.

Lorsque la question de terre est comprise, expliquée et régulée selon des principes partagés, elle cesse d’être un terrain de rivalités pour redevenir un espace de transmission.

Pawendkisgou Yvette TAPSOBA