Au Bénin, dans la ville historique de Ouidah, le 10 janvier revêt une signification particulière : c’est le jour de la fête des religions traditionnelles, plus connue sous le nom de « Vodun Day ». Chaque année, cette journée met à l’honneur la richesse des pratiques spirituelles vodun, véritables piliers de l’identité culturelle béninoise et témoins d’un héritage vivant qui traverse les générations.

Le Vodun Day, aussi appelé Journée nationale du Vodun, est célébré chaque année au Bénin. Il est né d’une volonté claire : reconnaître officiellement le Vodun comme une religion à part entière et, surtout, comme un pilier fondamental de la civilisation africaine. Longtemps marginalisé, diabolisé ou réduit à des clichés, le Vodun retrouve à travers cette journée une place légitime dans l’espace public et culturel.

Cette reconnaissance officielle remonte aux années 1990, lorsque l’État béninois institue, sous la présidence de Nicéphore Soglo, la fête nationale du Vodun, fixée au 10 janvier. Cette décision marque une étape majeure : celle de l’acceptation du Vodun comme religion nationale et composante essentielle du patrimoine culturel du pays. Dès lors, cette journée devient un moment de célébration, de transmission et de valorisation des pratiques spirituelles et sociales liées au Vodun.
À Ouidah, cette célébration prend une dimension particulière. Ici, la mémoire est dense : elle est spirituelle, historique et liée aux résistances culturelles. Le Vodun Day n’est donc pas une simple fête ; c’est un acte de reconnaissance.

Durant le Vodun Day, les portes des couvents s’ouvrent pour laisser passer les tambours et les chants ancestraux, et chaque mouvement des danseurs raconte ce que les mots seuls ne sauraient transmettre. Danses rituelles, processions, sorties de masques comme les Zangbétos, esprits protecteurs de la communauté, ou les Egungun, masques honorant les ancêtres et transmettant leur sagesse : chaque rythme et chaque mouvement racontent l’histoire de la communauté et rappellent la mémoire des ancêtres. Ces manifestations ne sont pas de simples spectacles. Elles traduisent un lien profond entre l’humain, la nature et l’invisible. Le Vodun enseigne l’équilibre, le respect des forces qui nous entourent et la responsabilité de l’homme face à son environnement et à ses ancêtres.

Bien que le 10 janvier soit la date officielle et centrale, les festivités peuvent durer plusieurs jours, donnant à Ouidah le temps de vivre pleinement l’esprit du Vodun et au public de découvrir toutes ses expressions. C’est dans cette dynamique qu’est né le format des “Vodun Days”, à partir de juillet 2024 d’une loi instituant officiellement la fête annuelle des religions traditionnelles, désormais célébrée le deuxième vendredi du mois de janvier sous l’impulsion du président Patrice Talon.

Ces dernières années, la célébration s’est ainsi affirmée comme un rendez-vous culturel d’envergure internationale. Concerts, expositions, conférences et rencontres viennent désormais compléter les rites traditionnels.
Cette évolution montre une chose essentielle : la tradition n’est pas immobile. Elle dialogue avec le présent, s’adapte sans se renier. Les Vodun Days attirent aujourd’hui des visiteurs venus d’Afrique et d’ailleurs, curieux de comprendre, d’apprendre et de déconstruire les mythes qui entourent le Vodun. C’est aussi une manière de dire au monde que l’Afrique peut raconter elle-même son histoire, avec ses mots, ses symboles et ses vérités.

Parler du Vodun, c’est aussi affronter les malentendus. Trop souvent associé à la peur ou à l’obscurité, le Vodun est avant tout une spiritualité de vie. Il enseigne la cohésion sociale, la solidarité communautaire et le respect des anciens. Le Vodun Day devient alors un espace de pédagogie, où l’on explique, où l’on transmet, où l’on réconcilie les générations avec leur héritage.

Pour beaucoup de jeunes Africains, cette journée est une invitation à se réapproprier une identité longtemps niée. Elle rappelle que connaître ses traditions ne signifie pas rejeter la modernité, mais avancer avec des racines solides.

Le Vodun Day nous rappelle une vérité simple : une culture qui oublie ses traditions s’égare. À travers cette célébration, le Vodun continue de parler, non comme un vestige du passé, mais comme une voix lucide et profondément africaine.
Célébrer le Vodun Day, c’est affirmer que nos mythes, nos rites et nos croyances ont encore quelque chose à dire au monde. Et surtout, qu’ils méritent d’être écoutés.
YANOGO flore Micheline (Stagiaire)